Fermeture de Spirit Airlines : quel avenir pour les compagnies aériennes à bas prix? | Radio-Canada

La fermeture de la compagnie aérienne américaine Spirit Airlines montre la vulnérabilité du modèle d’affaires à bas coûts (« low cost ») face à la flambée du coût du kérosène, estiment des experts interrogés par Radio-Canada.

Précurseure des transporteurs offrant des tarifs abordables, Spirit Airlines a annoncé samedi que tous ses vols étaient annulés et qu’elle entamait l’arrêt progressif de ses activités.

Le ⁠doublement des prix ‌du carburant aérien depuis le début du conflit au Moyen-Orient aura été le clou dans le cercueil de Spirit, qui s’était placée à l’abri de ses créanciers en août 2025.

Selon John Gradek, chargé de cours en gestion aéronautique à l’Université McGill de Montréal, ce cas marque le début des faillites pour les compagnies aériennes à travers le monde à cause des prix du pétrole.

Même son de cloche de la part de Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l’UQAM, pour qui cette fermeture était prévisible.

Les transporteurs à bas prix comme Spirit sont en mesure d’offrir des tarifs peu élevés notamment en proposant aux clients des options supplémentaires telles que l’enregistrement de bagages et la réservation de sièges, en optant pour une flotte d’avions unique afin de réduire les coûts de maintenance et en ayant recours à des aéroports secondaires.

Or, ce modèle d’affaires repose sur des marges bénéficiaires très faibles, ce qui le rend vulnérable à des imprévus grugeant rapidement ces marges, a expliqué M. Ebrahimi samedi matin à D’abord l’info, sur ICI RDI.

Cela a été le cas de Spirit dans les derniers mois, la compagnie ayant dû faire face à la flambée du coût du carburant, à des problèmes d’usure prématurée des moteurs Pratt & Whitney dans sa flotte ainsi qu’à des retards de livraison des moteurs de remplacement, énumère M. Ebrahimi.

Cette situation a contraint Spirit à retirer de la circulation plusieurs Airbus A320neo.

Dans une compagnie low cost, dès qu’il y a […] une dizaine d’avions qui sont cloués au sol, ça coûte très cher à la compagnie, poursuit M. Ebrahimi.

Le 23 avril, le président américain, Donald Trump, avait évoqué un possible plan de sauvetage de Spirit, avec un renflouement de 500 millions de dollars.

Vendredi, il a déclaré à des journalistes que Spirit avait reçu une proposition finale. Mais les négociations ont échoué après que certains détenteurs d’obligations eurent rejeté le plan, selon des médias américains.

Puisqu’il n’y a pour l’heure aucun signe de réouverture du détroit d’Ormuz, où transitent 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, le plan de sauvetage de Spirit n’aurait été qu’une fuite en avant, estime M. Ebrahimi. Dans quelques semaines, il aurait fallu encore injecter de l’argent pour pallier la hausse du coût du kérosène, avance-t-il.

Aucun transporteur américain de la taille ⁠de Spirit, qui représentait jusqu’à 5 % des ⁠vols aux ​États-Unis, n’avait été liquidé depuis 20 ans. Quelque 17 000 personnes perdront leur emploi, souligne le réseau américain CNN.

Neuvième compagnie américaine en nombre de passagers, Spirit a transporté 28 millions de clients entre février 2025 et janvier 2026, selon des données du département américain des Transports.

M. Ebrahimi estime à présent que d’autres fermetures de compagnies aériennes sont possibles, à moins que des États ne volent à leur secours. Celles dont l’état financier était déjà fragile avant le début de la crise énergétique liée au conflit au Moyen-Orient sont particulièrement à risque, avance-t-il.

On l’a vu pendant la pandémie, les compagnies qui avaient une santé financière, elles ont réussi finalement à traverser la crise, mais celles qui étaient dans une santé fragile sont tombées, donne-t-il en exemple.

Pendant la pandémie, on a vu une vingtaine de compagnies qui ont disparu. Là, on est un petit peu dans la même situation, anticipe-t-il.

Déjà, note l’expert, des compagnies aériennes montrent des signes de vulnérabilité face à la crise énergétique : certaines ont éliminé les trajets non rentables et ont sorti [de leur flotte] des vieux avions qui consommaient plus que les avions de nouvelle génération.

Air Canada a notamment suspendu ses vols à destination de l’aéroport JFK de New York au départ de Toronto et de Montréal.

Quels impacts au Canada et aux États-Unis?

John Gradek explique que Spirit Airlines, basée en Floride, n’opérait pas au Canada.

Sa faillite aura donc d’abord et avant tout un impact pour les voyageurs domestiques aux États-Unis, mais aussi pour des Canadiens qui traversaient la frontière pour profiter des prix bon marché de Spirit à Burlington, Plattsburgh ou Bellingham, par exemple.

Bonne nouvelle pour les Canadiens concernés : Spirit a promis samedi à sa clientèle de rembourser tous les billets déjà achetés.

Au Canada, l’équivalent de Spirit est Flair Airlines, ajoute M. Gradek.

Flair a seulement une vingtaine d’appareils et opérait dans le passé comme un transporteur à bas prix comme Spirit. Ils ont encore des tarifs à bas prix, mais ils essaient maintenant de se positionner dans le marché comme une [option de rechange] à soit WestJet ou Air Canada, explique-t-il.

Afin d’éviter que des compagnies aériennes canadiennes subissent le même sort que Spirit, M. Gradek estime que des initiatives pourraient être mises en place par le gouvernement fédéral et les provinces pour réduire le taux de taxation, que ce soit la TPS ou la TVQ qu’on a sur le kérosène.

Chose certaine, MM. Ebrahimi et Gradek s’entendent pour dire que la fermeture de Spirit reconfigurera l’industrie du transport aérien. Déjà, samedi, certains transporteurs ont levé la main pour remplir le vide : American Airlines, United Airlines, JetBlue et Southwest ont annoncé des tarifs préférentiels sur les lignes que desservait Spirit pour les passagers dont les billets ont été annulés.

JetBlue a même annoncé son intention d’étendre son offre au départ de Fort Lauderdale, l’un des principaux marchés de Spirit, avec 11 nouvelles destinations et davantage de vols sur les liaisons existantes.

Avec les informations de l’Agence France-Presse, de Reuters et de CNN